réseaux sociaux

Nouveau cas de site censuré par Facebook. Depuis 2017 Facebook réduit la visibilité des médias de gauche.

Depuis le 15 octobre, le journal en ligne Rapports de force a été totalement évincé de Facebook: tous les liens vers leur site sur tous les comptes utilisateurs ont été supprimés, plus personne ne pouvait poster de lien menant vers ce site:

https://rapportsdeforce.fr/pouvoir-et-contre-pouvoir/notre-eviction-de-facebook-pourrait-signer-la-fin-prochaine-de-rapports-de-force-10228320

Bien entendu, aucune explication n’a été donnée, mais il semblerait que ce soit suite à la publication de cet article, à propos de « la mobilisation nationale contre la répression subie par quatre enseignant.e.s d’un lycée, à Melle dans les Deux-Sèvres».

Le 2 novembre, le journaliste annonçait lancer une procédure judiciaire contre Facebook. Le lendemain, il était de nouveau possible de poster des liens vers ce site.

Rapport de force possède son propre système de publication, mais la grande majorité de ses lecteurs, et donc des dons qui font actuellement vivoter le journaliste, venaient des partages sur Facebook. Cet acte de censure le mettait donc en grand danger.

On ne peut pas s’étonner d’un tel acte de modération ni dire que «c’est dégueulasse» et réclamer des droits et des garanties sur les publications Facebook: ce réseau «social» est une entreprise privée qui dicte ses propres règles. Ce qu’on peut retenir de ce nouvel exemple, c’est que non, on ne peut pas «utiliser Facebook à bon escient», non, on ne peut pas l’utiliser de manière «neutre» vu qu’il n’est pas neutre en soi, non, on ne peut pas s’informer correctement sur Facebook et oui, l’utiliser a un impact direct: sur soi, sur ce que l’on peut y lire, sur sa perception du monde, sur ses propres idées. Est-ce que vous voulez vraiment laisser une influence sur votre cerveau à cette entreprise ?

Et non, ce n’est pas du tout la première fois que ce genre de chose arrive. Le NouvelObs titre que depuis 2017, Facebook a intentionnellement diminué la visibilité des médias de gauche: https://www.nouvelobs.com/elections-americaines-2020/20201018.OBS34892/facebook-a-reduit-la-visibilite-des-medias-de-gauche-tout-en-restant-critique-des-deux-bords.html

«Facebook a modifié en 2017 l’algorithme de son fil d’actualité pour réduire la visibilité des sites américains d’informations de gauche, rapporte le « Wall Street Journal ». Son PDG Mark Zuckerberg a lui-même approuvé ces modifications. Parmi les sites affectés, Mother Jones, dont le directeur éditorial Ben Dreyfuss indique que les dirigeants de Facebook lui ont assuré plusieurs fois, en 2017 et 2018, que le trafic pourrait diminuer, mais pas de façon à favoriser ou défavoriser un groupe donné d’éditeurs.

En 2019, Mother Jones a constaté la forte baisse de son audience sur le réseau social, soit une perte d’environ 600.000 dollars en 18 mois, indique le journal en ligne The Verge. Les dirigeants de ce média à but non lucratif créé en 1976 ont d’abord pensé que leur site était une victime collatérale d’une politique ne les visant pas particulièrement, mais ils ont constaté que leur situation ne cessait d’empirer, comme l’a tweeté sa PDG Monika Bauerlein.»

Mediapart fait état des mêmes observations en 2019 pour des groupes de «gauche radicale»: https://www.mediapart.fr/journal/france/290819/facebook-aneantit-l-audience-d-une-partie-de-la-gauche-radicale?onglet=full

Ils s’appellent Lille insurgée, Bretagne noire, Collectif Auto Média énervé, Cerveaux non disponibles, Groupe Lyon Antifa… Plusieurs collectifs qui administrent des pages Facebook font état depuis quelques jours de la chute libre du nombre de vues sur leurs publications, alors qu’elles touchaient jusque-là des milliers de lecteurs, souvent des dizaines de milliers, parfois des centaines.

Vous-même pouvez être censuré·e pour de drôles de raisons. Un témoignage de lectrice:

Je viens de quitter mon compte perso Facebook suite à 2 blocages: 1 sur un article sur la démocratie participative et le 2ème à cause d’une blague sur le covid !!!

Publier sur Facebook peut s’avérer dangereux: https://www.nextinpact.com/news/108067-des-posts-sur-facebook-peuvent-justifier-non-renouvellement-dun-titre-sejour.htm

Et l’on sait que ce qu’on y lit est clivant, et a tendance a être fascisant: https://www.liberation.fr/futurs/2017/03/12/facebook-un-mois-dans-la-machine-a-infos_1555220

Quelles alternatives ?

Lisez les sites internet directement, utilisez un lecteur de flux RSS, lisez les agrégateurs de nouvelles (type portail.bastamag.net), achetez de (bons) journaux en kiosk, furetez en librairie (indépendante), arrêtez Facebook, prenez le temps, essayez-vous à Mastodon ou à Diaspora (mais c’est pas obligé)… et ne vous ruez pas sur Twitter, Whatsapp ou autres « alternatives » qui n’en sont pas !

Des nouvelles du front libre – Facebook, Diaspora, Mastodon et leurs amis

Voilà quelques mois que l’on n’a pas donné de nouvelles, mais les projets continuent leur bonhomme de chemin. Nous réalisons une petite veille sur Framasphere (Diaspora): https://framasphere.org/u/sortirdefacebook Voici un condensé (mais forcément incomplet).

 

Ces derniers mois a vu l’explosion de Mastodon, un service de microblogging, donc une alternative libre et décentralisée à Twitter. Framasoft a ouvert une instance: https://framapiaf.org/ mais d’autres hébergeurs du collectif CHATONS en proposent également: https://framablog.org/2017/04/07/les-chatons-sattaquent-a-loiseau-twitter-grace-a-mastodon/ Même l’État a ouvert une instance pour les adresses en .gouv.fr !

Si vous ne savez pas ce qu’est Mastodon, nous suggérons cet tour complet: https://aldarone.fr/welcome-to-mastodon/

Et allez, une autre solution de tchat: https://matrix.org/docs/projects/client/riot.html

 

Framasoft nous a livré encore plus de choses. L’annuaire des logiciels libres a -ça y est !- été totalement refait ! Des centaines de notices de logiciels libre pour toutes plateformes (linux, windows, android,…) mais pas seulement, il y a aussi des chroniques d’autres ressources libres.

des articles du Framablog:

L’information sur Facebook est clivante, énervée et fasciste: http://www.liberation.fr/futurs/2017/03/12/facebook-un-mois-dans-la-machine-a-infos_1555220

Pauvres gens sur Facebook 😦

Encore une différence entre Facebook et Diaspora:

Facebook VS Diaspora

Hubzilla est la continuation de Friendica et a sorti une nouvelle version: https://hubzilla.org/channel/hubzilla

Le magazine l’Age de Faire écrit de bons articles sur les logiciels libres.

Yacy

Saviez-vous que l’on peut choisir la langue des résultats de Yacy, le moteur de recherche en pair-à-pair ? (oui, les résultats doivent s’améliorer un peu).

Ubuntu est disponible sous Windows 10. Pour le moment pas d’applications graphiques, c’est une aide pour les développeurs. Microsoft utilise et produit de plus en plus d’open-source.

 

Des gens continuent de passer de Windows à un système GNU/Linux.

Par exemple 4 000 écoles espagnoles de l’Aragon (sur 30 000). L’armée italienne.

Les mamies aussi  ! Et vous, c’est pour quand ?

 

Linphone 4 est sorti

https://linphone.org/

 

La Mère Zaclys, un hébergeur de services associatif, élargie sa palette avec le mail et le cloud (hébergement de documents, photos comprises).

 

Un article sur l’esprit totalitaire de la Silicon Valley et comment on délègue son libre-arbitre aux algorithmes: http://lexpansion.lexpress.fr/high-tech/big-data-algorithmes-l-esprit-porte-par-la-silicon-valley-est-totalitaire_1841095.html

 

C’est tout pour aujourd’hui. Si ça vous dit de participer aux nouvelles de ce site et mises à jour de la brochure, laissez un petit mot !

Vidéo désopilante: si c’est gratuit, vous êtes le produit

 

À notre goût, il manque quand même de petites choses:

– le rappel que facebook connaît aussi notre navigation sur le web (les boutons “like”)
– les conséquences de la revente aux banques, assurances et cie
– un petit rappel que derrière Marc Zukker-truc il y a aussi et surtout d’insatiables investisseurs néolibéraux
– et bien sûr un mot sur d’autres manières de faire: logiciels libres, réseaux décentralisés, Diaspora (suivez-nous sur Diaspora) et cie

Agenda, documents partagés et plus avec Kune

Kune, une collection d’outils libres, distribués et faciles à utiliser pour s’organiser.

Table of Contents

Quand un groupe de personnes souhaite travailler ensemble, ils commencent certainement par créer un groupe sur Facebook ou Google Group. Lorsqu’ils veulent communiquer sur ce qu’ils font, ils utilisent WordPress ou Blogger. S’ils veulent partager des fichiers, ils créent un compte Dropbox; pour se faire de la publicité ils utilisent Facebook ou Twitter, pour leur gallerie photos ce sera Picasa, et Youtube ou Vimeo pour leurs vidéos. S’ils veulent écrire des documents à plusieurs, ils utilisent Google Docs, et certainement Google Agenda. Et pour lier le tout, ils utilisent quotidiennement le mail (avec leurs comptes Gmail, Yahoo ou Hotmail). Tous ces services sont commerciaux, non libres, centralisés, bourrés de publicité… et nous le savons: si on ne paye pas, c’est que nous sommes le produit.

 Il arrive qu’un groupe refuse d’utiliser ces outils commerciaux et demande à des techniciens (c’est à dire… des geeks) de les aider à utiliser des outils libres. Et le groupe devient dépendant de quelqu’un. La configuration d’une mailing liste avec mailman demande des compétences techniques, alors que tout le monde peut utiliser Google Group. Il y a un clair problème d’usabilité. Nous avons besoin d’outils libres qui puissent remplacer tous ceux cités plus haut, mais qui soient aussi faciles à utiliser. Kune a la prétention d’être un de ces outils.

1.1 Fonctionnalités

Kune (qui veut dire «ensemble» en espéranto) permet à un groupe de:

  • communiquer (par messagerie, par liste de discussion et par tchat compatible avec Gmail/Jabber), –
  • partager ou éditer collaborativement des documents,
  • partager un agenda (compatible avec Thundebird et d’autres),
  • créer une gallerie de photos, vidéos, cartes et autres,
  • partager une liste de tâches,
  • créer un wiki, un «doodle»,
  • proposer des échanges de biens ou services,
  • créer son blog ou son site (bientôt),

On peut le voir comme une alternative à Google Docs, Google Agenda, Dropbox, au mail, à Facebook, à Flickr, Picasa, Youtube et à WordPress !

Vous bouillez d’impatience ? Allez créer un compte sur http://www.kune.cc, c’est instantané (il n’est même pas obligatoire de confirmer le mail demandé). Kune.cc est un «nœud» du réseau, maintenu par ses créateurs.

agenda partagé sur kune

confirmer sa venue sur l’agenda partagé

Kune est donc un site web, que chacun peut installer. Mais Kune forme un réseau car chaque utilisateur qui s’est inscrit sur un site du réseau Kune peut communiquer et travailler avec n’importe quel autre utilisateur et groupe, même s’il s’est inscrit via un autre site (cela fonctionne à la manière des emails). Kune est donc un réseau distribué, et c’est un logiciel libre, ces deux conditions garantissant l’indépendance des utilisateurs et la résistance intrinsèque à la censure.

Kune est basé sur Apache Wave, anciennement Google Wave, dont nous vous rappelerons l’existence dans un instant.

1.2 Quelques tests

Kune est très facile d’usage. On trouve rapidement quatre espaces sur le site:

  • la page d’accueil de son nœud (kune.cc). On y crée des groupes (des projets), on y voit l’activité de ses groupes,…
  • la boite de réception. On y récupère les messages de notification de l’activité.
  • la page du groupe, où l’on peut créer tous les documents (sélectionner le groupe est un peu moins visible mais on fini par le trouver)
  • et enfin, l’espace public, où l’on pourra avoir un apperçu de notre site ou de notre blog (cette fonctionnalité est en développement)

Notre petite déception est que la gallerie de photos est une blague: elle est basée sur Picasa ou Flickr (oui, il faut rentrer un nom d’utilisateur de Picasa ou de Flickr). De plus elle ne marche pas actuellement. Même chose pour l’inclusion de vidéos: on inclu des vidéos de youtube… (heureusement, MediaGoblin arrive)

Les wikis ne sont également pas de vrais wikis. C’est un document que toute personne (de Kune.cc) peut éditer, au lieu des menbres du groupe pour les documents.

Enfin, le fait que l’interface repose exclusivement sur du JavaScript ne plait pas à notre version de Firefox (26.0). Il y a quelques gadgets que nous ne pouvons pas voir (tels que la gallerie ou le détail d’un évènement du calendrier).

Sinon, le reste rempli ses promesses ! Les documents, le calendrier, les listes de discussions, les listes de tâches, le tchat sont pleinement opérationnels !

1.3 Historique du projet

Kune est un projet, espagnol à l’origine, actif depuis 2002. Ses créateurs géraient la plateforme OurProject.org (qui fourni(ssait?) hébergement de sites, mailing listes etc), et étaient embêtés que cela recquiert tant de compétences techniques. D’où cet effort. Kune est dans sa phase «Beta»: ses créateurs le considèrent assez stable et complet pour être utilisé quotidiennement par des utilisateurs «lambdas», mais pas assez mature pour être utile à de plus grosses organisations comme le Forum Social Mondial, qui a déjà exprimé son intérêt envers Kune.

1.4 Aspects techniques

Kune est installable avec un paquet debian
Kune est écrit en GWT (Google Web Toolkit), c’est une «single page application» qui repose sur des requêtes javascript asynchrones (Ajax).
Kune peut être étendu par des extensions et par des «gadgets» qu’il est possible d’écrire en python, javascript et java. Kune n’implémente pas la fédération avec OpenID, OAuth ou OStatus comme Lorea/n-1, mais avec le Wave Federation Protocol (une extension du protocole XMPP), en utilisant Apache Wave, le nouveau nom de Google Wave. Google Wave a été lancé en 2010 et a été fermé 2 ans plus tard.
Kune vit sur gitorious mais dispose d’un mirroir sur github. Le développement est actif.

Pour rappel, Google Wave ressemblait à ceci: http://www.organicdesign.co.nz/Wave, http://fr.wikipedia.org/wiki/Google_Wave

on trouve des revues de l’époque : http://www.zdnet.com/blog/hinchcliffe/first-impressions-of-google-wave/560

et des essais d’explication de l’échec: http://readwrite.com/2010/08/04/google-waves-demise-has-its-up#awesm=~osha1sU9CcK8wb et ici http://readwrite.com/2010/08/04/google_wave_is_dead#awesm=~oshb9XUpQwWCLc

L’explication simple de l’interface trop fouillée nous semble bonne…

1.5 Comparaison avec Lorea/n-1 et Crabgrass

Kune ressemble beaucoup à Lorea/n-1 et à Crabgrass.

Crabgrass n’est cependant pas un réseau fédéré, mais reste très utile à l’organisation de groupes (stockage et édition de documents, etc), et nous aimons son interface habituelle: c’est du html. Il ne possède pas d’agenda partagé.

n-1 et Kune sont plus similaires. D’après ses créateurs, Kune met l’accent sur la collaboration interactive: n-1 permet l’écriture collaboration de pads (etherpad), mais ils sont juste du texte, et demandent un peu d’administration pour leur création, alors que les documents de Kune peuvent contenir de la mise en page riche, des images, des vidéos, etc. À étudier.

En tous les cas, voici un beau projet à faire connaître et à surveiller attentivement !

Movim 0.7 – alternative à facebook

En ce beau mois de juillet, une nouvelle version de Movim est parue, et avec elle font leur apparition de nouvelles fonctionnalités réjouissantes, dont notamment la très attendue : l’upload de photos ! Mais en fait, c’est quoi Movim ?

Movim est:

  • un «réseau social» (créé et développé par un étudiant français). On y a un profil, on poste des messages sur son mur, on envoie des messages à ses contacts, on publie un blog, on discute avec la messagerie instantanée,…
  • un réseau basé sur le protocole de communication Jabber (XMPP). Si vous avez un compte Jabber, vous avez déjà un compte Movim.
  • (par conséquent) *un réseau distribué*: chacun peut installer Movim sur son propre serveur et communiquer avec tous les utilisateurs du réseau. Un peu comme le mail, ou un réseau pair-à-pair. Et si vous n’avez pas encore votre serveur (comment ça non ?), vous pouvez créer votre compte sur une des plateformes existantes. Vous aurez compris l’avantage extraordinaire, comparé à Facebook et autres réseaux centralisés: ce n’est pas une seule entité qui héberge, contrôle, espionne, censure et vend les comptes de tous ses utilisateurs. C’est personne, puisque qu’il n’y a pas d’entité centrale. Certaines personnes parlent très bien des enjeux pour notre société.
  • un logiciel libre

vue du profil sous Movim

La version 0.7 nous apporte donc:

  • la page Média, pour uploader des photos (pour l’instant, 20Mo de stockage par défaut)
  • la gestion de groupes, qui permettent de créer des «flux» d’actualités autour d’un sujet, un peu comme un forum, et toujours de manière décentralisée et standardisée (en suivant les règles du protocole XMPP), afin de permettre la communication éventuelle avec d’autres gens que Movim. L’idée étant qu’étant sur Movim, on puisse échanger des informations avec, mettons, des gens sur Diaspora, Friendica ou n-1. Imaginez un peu Facebook et Google se mettre d’accord…
  • le tchat peut être externalisé dans une fenêtre popup. (pour la liste complète des nouveautés: http://edhelas.mov.im/blog/index.php?post/2013/05/10/Movim-0.7,-quelques-nouvelles-de-la-prochaine-version )

Movim s’étoffe et devient vraiment sympa à utiliser. Allez vite créer un compte sur un des pods disponibles !

Movim n’est donc pas la seule alternative à Facebook. Il est très fonctionnel, très clair, mais dispose encore de moins de fonctionnalités que les autres sus-cités. Et vous avez le
droit de ne pas aimer les réseaux «sociaux», vous ne seriez pas les seuls 😉

Le livre «Facebook, anatomie d’une chimère» : court et complet

Le livre «J’aime pas facebook» du groupe Ippolita convient parfaitement à celles et ceux déjà  rôdés un tant soit peu par les multiples facettes de la question, et passablement motivés de se  taper un ouvrage long et «cher».

Heureusement, les éditions du Collectif des Métiers De l’Édition (CMDE) nous livrent  avec «Facebook, anatomie d’une chimère» un livre court, accessible au profane,  (presque) complet et pas cher : voilà l’heureux élu que vous pourrez acquérir, prêter et  offrir autour de vous.

L’ouvrage de Julien Azam traite de plusieurs points essentiels pour dessiner un contour  complet de la chimère : le modèle économique basé sur la publicité et la collecte des  données personnelles des utilisateurs (et sa vente, son échange ou sa «perte» au bénéfice de  multiples acteurs), le modèle prôné de société hyper-capitaliste, l’apparence de l’amitié et le  rapport au monde que l’on se forge à travers de l’usage de facebook, son pseudo-rôle dans  les révolutions arabe, et enfin facebook comme outil de contrôle social.

Un point fort du livre est qu’il adopte une vision globale, étant donné que «une critique cohérente des réseaux  dits sociaux ne peut pas faire l’économie de la critique plus globale de la société dans  laquelle ils s’inscrivent». Nous croiserons donc de multiples références à «La société du  spectacle» de Debord ou à Marx. Et le langage reste simple. L’auteur a également fait  attention à rendre son ouvrage accessible aux «dépassés, déconnectés et inadaptés au monde  actuel» par un utile rappel en début d’ouvrage, et en ne l’alourdissant jamais de termes  abscons.

Néanmoins, l’auteur tombe de temps en temps dans des facilités et certaines parties  auraient bénéficées d’être plus fournies. Nous avons été gênés par ce que nous qualifions de  «tics de rédaction». Par exemple, dire que «les sites communautaires […] ont rendu familière  jusqu’à la tendance de gérer sa vie sur Internet» (p.28) nous parait une affirmation d’abord  trop généraliste, une phrase qu’on dirait formulée par des critiques n’ayant jamais utilisé de  site communautaire, et elle nous parait trop alarmiste. Ce genre d’affirmation fait croire à une  intelligence propre de la technologie et participe ainsi à la construction de la chimère (de chimère : vaines imaginations (dictionnaire É. Littré)). Autre exemple relevé page 43 :  «les réseaux sociaux promettent un changement majeur dans le fonctionnement social des  années à venir, obligeant à y adhérer,sous peine de se priver de vie sociale ou de ne pouvoir  accéder que de manière marginale à internet». Si de nombreux arguments peuvent aller en ce  sens, et nous lisons des nullités de ce genre sur lemonde.fr (de nombreuses affirmations de  cet article sont tout bonnement fausses), cette phrase souffre des mêmes travers.

Quand l’auteur attaque très justement Suckerberg et sa croisade hyper-capitaliste, nous  avons envie de lui faire lire la partie équivalente de «J’aime pas facebook», autrement plus  complète. Ici, l’auteur s’en tient à Suckerberg et lui impute toutes les responsabilités, sans  parler des investisseurs aux manettes qu’un article du Guardian a pourtant mis en lumière  depuis longtemps. C’est néanmoins le seul manque que nous avons décelé.

Enfin, et vous ne serez pas surpris, nous regrettons plus sincèrement le manque de vision alternative et constructive. Le lecteur se sent bien démuni en sortant de sa lecture (et c’est pareil avec «J’aime pas Facebook»). La notion de réseau centralisé est très bien expliquée. Mais les mots «distribué» ou «décentralisé» n’apparaissent jamais ! Nous ne reprochons pas au texte de ne pas même évoquer des réseaux différents (libres et distribués) qui essaient de faire des choses différemment (n-1 de Loréa, Diaspora dont la notion d’amis n’est pas totalement binaire, …), bien au contraire (si nous aimons les réseaux libres et distribués, nous gagnerons également à lire ce livre). Bien que ce ne soit pas le but du livre, il manque  quand même des pistes pour penser ces technologies (et Internet) autrement.

C’est pourquoi nous vous invitons à acheter ce livre (il vaut bel et bien le coup d’être lu, nous  y apprendrons tous des choses), et à l’offrir en l’accompagnant… de notre brochure 🙂

«Facebook, anatomie d’une chimère», Julien Azam, éditions CMDE, 11€, 90 pages. Sorti le 7 février 2013, disponible dans toutes les bonnes librairies.

edit : si vous êtes une association, à plus forte raison un GUL, le CMDE peut vous envoyer gratuitement un service de presse du livre contre paiement des frais de port (1,70€ payables par l’envoi d’une vignette de La Poste). Ils peuvent ensuite vous le vendre avec une remise de 40% pour que vous le vendiez auprès de vos adhérents.

Alternatives à Facebook, libres et décentralisées

Penser internet autrement : «Sans médias libres, pas de liberté de penser», Eben Moglen

Sans médias libres, pas de liberté de penser

En septembre 2012, le professeur de droit, juriste et avocat Eben Moglen, que nous ne présentons plus, a donné une conférence que nous jugeons très importante au salon Re:Publica à Berlin. Nous vous présentons ci-dessous des morceaux choisis représentatifs de son intervention, mais nous vous conseillons évidemment de lire la retranscription en entière ou de visionner la conférence (en anglais sous-titré français).

Cette lecture nous et vous permet de situer les enjeux de facebook, des réseaux distribués et des logiciels libres, que nous abordons dans notre brochure, dans un contexte encore plus large.  Il y est question du combat centenaire pour la liberté de penser, d’internet, de facebook, de téléphones portables, de Steve-Jobs; de logiciels, matériel et bande passante libres, du livre électronique, de l’espionnage de la Stasi, et de beaucoup de choses encore.

De quoi vous convaincre, peut être, de sortir de facebook maintenant, et de faire d’autres choses encore 😉

Bonne lecture !

Eben Moglen à Re:Publica, Berlin, 2012

Depuis maintenant mille ans, nos ancêtres se sont battus pour la défense de la liberté de pensée.  Nous avons subi des pertes considérables, mais aussi remporté d’immenses victoires.  Et nous sommes aujourd’hui à une époque charnière.  Depuis l’adoption de l’imprimerie par les Européens au XVe siècle, nous étions essentiellement concernés par l’accès aux livres imprimés. Le droit de lire et le droit de publier étaient les principaux sujets de notre combat pour la liberté de pensée ces 500 dernières années.  La principale inquiétude était celle de pouvoir lire en privé, penser, parler et agir sur la base d’une volonté libre et non censurée.Le principal ennemi de la liberté de pensée, au début de notre combat, était l’Église Catholique universelle.  Une institution basée sur le contrôle des pensées dans le monde européen, fondée sur une surveillance hebdomadaire de la conduite et des pensées de tout être humain ; basée sur la censure de tout matériel de lecture et finalement basée sur la faculté de prédire et punir toute pensée non-orthodoxe. Les outils disponibles pour le contrôle des pensées à l’aube de l’Europe moderne étaient pauvres, même selon nos standards du XXe siècle, mais ils marchaient.  Ainsi, pendant des centaines d’années, la lutte était concentrée sur le premier objet industriel de masse, à l’importance croissante dans notre culture occidentale : « le livre ». Selon que l’on pouvait l’imprimer, le posséder, le vendre ou le lire, apprendre avec lui, sans l’autorisation ou le contrôle d’une autorité ayant le pouvoir de punir les pensées. À la fin du XVIIe siècle, la censure de l’écrit en Europe a commencé à craquer, tout d’abord en Hollande, puis au Royaume-Uni, et enfin, par vagues, à travers toute l’Europe.  Et le livre devint un article de commerce subversif, et commença à grignoter le contrôle des pensées.
À la fin du XIXe siècle, cette lutte pour la liberté de lecture commença à attaquer la substance même du christianisme et le monde européen trembla sous les coups de la première grande révolution de l’esprit, qui parlait de « liberté, égalité, fraternité » mais qui signifiait en fait « liberté de penser autrement ».  L’Ancien Régime commença à lutter contre la pensée et nous sommes alors passés dans une autre phase dans l’histoire de la liberté de pensée, qui présumait la possibilité de la pensée non-orthodoxe, et de l’action révolutionnaire.  Ainsi, pendant 200 ans, nous avons lutté face aux conséquences de ces changements.

C’était hier et c’est aujourd’hui.

[…]

Nous avons grandi en étant des consommateurs de médias, c’est ce qu’ils nous ont appris, que nous étions des consommateurs de médias, mais maintenant les médias nous consomment.

Les choses que nous lisons nous regardent en train de les lire. Les choses que nous écoutons nous écoutent les écouter. Nous sommes pistés, nous sommes contrôlés : les médias que nous utilisons nous prédisent.  Le processus de construction du réseau a gravé dans le marbre les principes de bases de transport de l’information.  Il détermine s’il existe quelque chose comme une lecture anonyme. Et il a choisi de se construire contre la lecture anonyme.

[…]

Nous n’avons pas intégré l’anonymat quand nous avons construit le net. C’était une erreur dont nous payons maintenant le prix. Notre réseau présume que vous pouvez être suivis par des mouchards en permanence. Et en utilisant le Web, nous avons fabriqué Facebook. Nous avons mis une seule personne au milieu de tous les échanges. Nos vies sociales et nos vies privées sont sur le Web, et nous partageons tout avec nos amis mais aussi avec notre « super-ami ». Celui qui nous trahit à ceux qui le construisent, ceux qui le paient, ceux qui l’aident, ou ceux qui lui donnent les centaines de milliards de dollars qu’il désire.

[…]

Au XXe siècle, il fallait construire la Loubianka [immeuble de la police politique bolchevique à Moscou], il fallait torturer des gens, il fallait les menacer, il fallait les oppresser pour qu’ils vous informent sur leurs amis.  Je n’ai pas besoin de parler de ça à Berlin. Au XXIe siècle, pourquoi se donner tant de mal ? Il suffit de construire un réseau social et tous les gens vous fournissent des informations sur tous les autres gens. Pourquoi gâcher du temps et de l’argent avec des immeubles pleins d’employés qui vérifient qui est qui sur les photographies ? Proposez à tout le monde de taguer les amis et bing ! Le travail est fait !

[…]

La criminalisation de la lecture a bien avancé.  Aux États-Unis d’Amérique dans ce que nous appelons les procès terroristes, nous voyons désormais souvent des recherches Google faites par des particuliers utilisées comme preuves de leur comportement criminel. La recherche de la connaissance est devenue une preuve dans les procès de terrorisme organisé.  Nous rendons criminel l’acte de penser, lire et chercher. Nous le faisons dans des sociétés soi-disant libres, nous le faisons malgré le premier amendement, nous le faisons en dépit des leçons de notre histoire parce que nous oublions alors même que nous apprenons.

[…]

Les gouvernements sont tombés amoureux du datamining car ça fonctionne vraiment très bien. C’est efficace. C’est efficace pour les bonnes causes autant que pour les mauvaises causes.  C’est efficace pour aider les gouvernements à comprendre comment fournir des services.  C’est efficace pour aider les gouvernements à comprendre quels sont les problèmes futurs.  C’est efficace pour aider les politiciens à comprendre comment les votants vont réfléchir. Mais ça rend aussi possible des types de contrôle social qui étaient auparavant très compliqués, très coûteux et très pénibles, avec des méthodes très simples et très efficaces.

Il n’est plus nécessaire de maintenir des réseaux imposants d’informateurs comme je l’ai déjà dit. La Stasi ne vaudrait plus rien si elle était de retour, car Zuckerberg fait le boulot à sa place.

[…]

Donc, la forme primaire de collecte qui devrait nous inquiéter le plus est que les médias nous espionnent pendant que nous les utilisons. Les livres qui nous regardent les lire, la musique qui nous écoute en train de l’écouter. Les moteurs de recherche qui surveillent ce que nous recherchons pour ceux qui nous recherchent et ne nous connaissent pas encore.

[…]

Le robot mobile que vous transportez avec vous, c’est celui qui sait où vous vous trouvez en permanence et écoute chacune de vos conversations.  C’est celui dont vous espérez qu’il ne rapporte pas tout à un centre de commande.  Mais ce n’est qu’un espoir. Celui qui fait tourner tous ces logiciels que vous ne pouvez ni lire, ni étudier, ni voir, ni modifier, ni comprendre. Celui-là, celui-là même écoute vos confessions en permanence. Quand vous le tenez devant votre visage, désormais, il va connaître votre rythme cardiaque. C’est une appli Android, dès maintenant les changements minimes de la couleur de votre visage révèlent votre fréquence cardiaque.  C’est un petit détecteur de mensonges que vous transportez avec vous.  Bientôt je pourrai de mon siège dans une salle de classe observer la pression sanguine de mes étudiants monter et descendre.  Dans bon nombre de salles de classes aux États-Unis d’Amériques, c’est une information de première importance Mais il ne s’agit pas de moi, bien sûr, il s’agit de tout le monde, n’est-ce pas ? Car il s’agit seulement de données et des gens qui y ont accès.  L’intérieur de votre tête devient l’extérieur de votre visage, devient l’intérieur de votre smartphone, devient l’intérieur du réseau, devient le premier fichier du dossier au centre de commande.

Nous avons donc besoin de médias libres sinon nous perdons la liberté de pensée, c’est aussi simple que ça.

Que signifie un média libre ?  Un média que vous pouvez lire, auquel vous pouvez penser, auquel vous pouvez faire des ajouts, auquel vous pouvez participer sans être suivi, sans être surveillé, sans qu’il y ait de rapports sur votre activité.  C’est ça, un média libre. Et si nous n’en avons pas, nous perdrons la liberté de penser, et peut-être pour toujours.
Avoir un média libre signifie avoir un réseau qui se comporte conformément aux besoins des gens situés à la marge.  Et pas conformément aux besoins des serveurs situés au cœur.

Construire un média libre nécessite un réseau de pairs, pas un réseau de maîtres et de serviteurs, pas un réseau de clients et de serveurs, pas un réseau où les opérateurs de réseaux contrôlent tous les paquets qu’ils font transiter.  Ce n’est pas facile, mais c’est encore possible. Nous avons besoin de technologie libre. La dernière fois que j’ai donné une conférence politique à Berlin c’était en 2004, elle était intitulée “die Gedanken sind frei” (NdT : Les pensées sont libres — en allemand dans le texte). J’y disais que nous avons besoin de 3 choses :

– de logiciels libres
– de matériels libres
– de bande passante libre.

[…]

La mort de M. Jobs est un événement positif. Je suis désolé de vous l’annoncer de la sorte. C’était un grand artiste et un monstre sur le plan moral, et il nous a rapprochés de la fin de la liberté à chaque fois qu’il a sorti quelque chose, parce qu’il détestait partager. Ce n’était pas de sa faute, c’était un artiste. Il détestait partager parce qu’il croyait qu’il avait tout inventé, même si ce n’était pas le cas. À l’intérieur de toutes ces coques fines portant un logo Apple que je vois partout dans la salle, il y a des morceaux de logiciels libres modifiés pour lui donner le contrôle; rien d’illégal, rien de mal, il respecte la licence, il nous a baisés à chaque fois qu’il pouvait et il a pris tout ce que nous lui avons donné et il a fait des choses jolies qui contrôlent leurs utilisateurs.

Autrefois, il y avait un homme ici qui construisait des choses, à Berlin pour Albert Speer (NdT : un haut responsable du Troisième Reich) son nom était Philip Johnson (NdT : un architecte américain) et c’était un brillant artiste mais un monstre sur le plan moral. Et il disait qu’il était venu travailler pour construire des immeubles pour les nazis parce qu’ils avaient tous les meilleurs graphismes. Et il le pensait, parce qu’il était un artiste, tout comme M. Jobs était un artiste. Mais être artiste n’est pas une garantie de moralité.

[…]

Le livre, cet objet imprimé merveilleux, ce premier produit du capitalisme de masse, le livre est en train de mourir. C’est dommage, mais il est en train de mourir. Et le remplaçant est une boîte qui surveillera le lecteur ou non.

Vous vous souvenez qu’amazon.com a décidé qu’un livre de Georges Orwell ne pouvait pas être distribué aux État-Unis d’Amérique pour des raisons de copyright. Ils sont venus et l’ont effacé de chacune de toutes les liseuses d’Amazon où le consommateur avait acheté des copies de La ferme des animaux. « Oh, vous l’avez peut-être acheté mais cela ne signifie pas que vous être autorisé à le lire ». C’est de la censure. C’est de l’autodafé. C’est tout ce que nous avons vécu au XXe siècle. Nous avons brûlé des gens, des maisons et des œuvres d’art. Nous avons combattu. Nous avons tué des dizaines de millions de personnes pour mettre un terme à un monde dans lequel l’État brûlerait les livres, et ensuite nous l’avons regardé se faire encore et encore, et maintenant nous nous préparons à autoriser que cela soit fait sans aucun feu.

Partout, tout le temps.

[…]

Nous sommes à un moment décisif où nous pouvons choisir de soutenir cette grande révolution que nous avons bâtie bit après bit depuis un millénaire, ou de tout laisser tomber, par commodité, par simplicité de parler avec nos amis, pour la rapidité des recherches, ou d’autres choses vraiment importantes…

Je disais en 2004 ici même et je le redis maintenant : « Nous pouvons vaincre. Nous pouvons être la génération des personnes qui ont terminé le travail de construire la liberté de pensée ».

Je ne l’ai pas dit alors, mais je dois le faire maintenant que nous sommes aussi potentiellement la génération qui l’aura perdue.

Nous pouvons régresser dans une inquisition pire que toutes les inquisitions qui ont jamais existé. Elle n’usera peut-être pas tant de torture, elle ne sera peut-être pas aussi sanguinaire, mais elle sera bien plus efficace. Et nous ne devons absolument pas laisser cela arriver. Trop de gens se sont battus pour nous. Trop de gens sont morts pour nous. Trop de gens ont espéré et rêvé pour ce que nous pouvons encore réaliser.

Nous ne devons pas échouer.

Merci beaucoup.

Nota Bene : la Free Software Foundation tient à jour un catalogue sur le matériel libre, et la Fédération French Data Network, regroupe des Fournisseurs d’Accès à Internet associatifs, que vous pouvez déjà soutenir s’il en existe un dans votre région.

Le livre «J’aime pas facebook», par Ippolita

En septembre 2012 est sorti «J’aime pas Facebook», le nouveau livre du groupe Ippolita, aux éditions Payot. Ippolita est un groupe italien de recherche interdisciplinaire qui rassemble des compétences diverses, de la philosophie à l’informatique. Ils ont déjà sorti «La face cachée de google» en 2008, qui est trouvable dans toutes les bonnes librairies pour la modique somme de 19,50€ ainsi qu’en libre téléchargement sur leur site, sous licence Creative Commons CC-BY-NC-SA (paternité-pas d’usage commercial-partage à l’identique)1.

En attendant que nous revenions en faire une critique, voici la présentation de la 4e de couverture :

«Facebook est un dispositif hors du commun, capable de faire du profit à partir du moindre des mouvements que nous effectuons sur sa plateforme. Il nous fait croire que nous sommes en train de nous distraire : en réalité, il nous met au travail pour développer un nouveau type de marché : le commerce relationnel.
Facebook, comme tous les instruments privés de réseaux sociaux, n’est ni libre ni désintéressé : nous, tilisateurs, sommes la valeur à échanger.

Ippolita fait une incursion dans les coulisses de Facebook et analyse les théories des libertariens aliforniens – faisant apparaître le fil conducteur qui relie Facebook et Wikileaks et révélant les effets des algorithmes utilisés pour la publicité ciblée par les géants du profilage en ligne (Facebook, Apple, Google, Amazon…). »

Certains d’entre vous l’ont-ils déjà lu et le recommandent-ils? Que vous a-t-il apporté ?

j'aime pas facebook, couverture, Ippolita

edit : je l’ai lu. Je le recommande chaudement à celles et ceux qui veulent aller plus loin dans leur réflexion, mais je ne le ferais pas forcément lire à mes ami-es, car il faut s’être posé pas mal de questions déjà pour apprécier toutes leurs recherches.

Le livre est composé de trois parties :

1. «J’ai mille amis mais je ne connais personne» : dynamiques sociales : homophilie et voyeurisme, dynamiques psychologiques, public et privé : ontologie et indentité,…

2. «Le projet libertarien à la conquête du monde : réseau social, hacking, militantisme et politique institutionnelle». Le darwinisme technologique : de Paypal Mafia à Facebook, l’esprit hacker et la peste anarcho-capitaliste : une affinité de longue date ?, les partis pirates : la technologie en politique,…

3. «les libertés du réseau». révolution en ligne et militantisme de salon, Orwell, Huxley et le modèle sino-américain, la participation de masse,…

La première partie est celle où on peut connaître le plus de choses, sauf qu’eux sortent des recherches en sociologie et philosophie pour en parler, et surtout construisent un argumentaire. Ce qu’on peut difficilement faire en lisant des nouvelles éparses sur des blogs. Malgré les termes abscons introduits, la lecture est fluide.

La seconde partie est celle que j’ai trouvé la plus intéressante car elle met en relation avec «un œil de haut niveau» plusieurs acteurs du «web 2.0»,  Facebook, Google, Paypal, Wikileaks et d’autres.

Un mot pour finir et qui concerne surtout la dernière partie, c’est que j’aurais aimé qu’ils évoquent d’autres manières de faire et les discutent, mais il y en a très peu. Ils évoquent le réseau n-1 et duckduckgo et introduisent le mot «décentralisé» pour la première fois à la page 91. Mais, certes, ce n’est pas leur propos.

Ainsi je conseille fortement cette lecture (avec notre brochure en complément 😉 ) car oui, ce livre apporte beaucoup de choses en plus de nos lectures en ligne.

(fin edit)

Nous trouvons peu de critiques sur le web, mais j’ai trouvé intéressant l’interview d’un membre d’Ippolita par le journal belge lalibre.be. Extraits :

«La pression à « s’autoprofiler » mène à la transparence radicale, une tendance très dangereuse de délégation envers les outils technologiques. WikiLeaks ne fait pas autre chose avec les gouvernements. Ses montagnes d’informations sont du voyeurisme de masse qui génère une insensibilité de masse. Cela n’aide pas la démocratie qui ne découle pas automatiquement de la publication des donnés. Le projet libertarien de « liberté marchande » est d’autant plus dangereux que les mêmes algorithmes peuvent être utilisés aussi bien pour améliorer la publicité personnalisée, et donc la consommation personnalisée, que pour renforcer la censure personnalisée et la répression personnalisée»

«L’intérêt d’un livre comme celui d’Ippolita est d’éveiller les gens sur le fait que toute action est potentiellement médiatisable dans notre univers. Mais pourquoi diaboliser Facebook à ce point ? La presse aime haïr cet acteur

«cela reste un service gratuit qui a nécessité des développements considérables. En contrepartie, il existe peut-être des partis pris financiers ou idéologiques. Mais l’utilisateur reste libre d’être sur Facebook ou pas. »

Bonne lecture !

«J’aime pas Facebook», éditions Payot, 20€, 304 pages.

Site de l’éditeur :
http://www.payot-rivages.net/livre_J-aime-pas-FacebookIppolita_ean13_9782228907828.html

Site de Ippolita : http://www.ippolita.net/fr/jaime-pas-facebook

Trop d’ordures dans les rues ? Interview d’Eben Moglen

J’ai beaucoup aimé cette interview d’Eben Moglen, qui ne mâche pas ses mots et a le mérite d’être clair. Je trouve que c’est un excellent complément à la brochure. Le journaliste enquête sur comment les banques veulent utiliser les données des médias sociaux pour juger les demandeurs de crédit ou de prêt. Et M. Moglen lui pose une question toute simple…

Eben Moglen est professeur de droit et d’histoire à l’université Columbia. Il a été avocat pour la Free Software Foundation, a rédigé les licences publiques GNU aux côtés de Richard Stallman et est le créateur de la Freedom Box Foundation (wikipédia). Chez nous, on le lit régulièrement chez Framasoft, comme dans cette interview, «la liberté ou les traces dans les nuages», ou dans cette conférence, «une des plus importantes jamais présentées par la communauté du logiciel libre».

merci aux geexx pour la traduction du présent article.

En quoi Eben Moglen peut légitimement me crier dessus pour être un utilisateur de Facebook

par Adrianne Jeffries

Article original en anglais

Hier après-midi, ce journaliste tentait tant bien que mal de finir de rapporter une histoire sur comment les banques sont en train d’explorer la possibilité d’utiliser les données des médias sociaux pour juger les demandeurs de crédit ou de prêt. Mon éditeur voulait une citation d’un défenseur de la vie privée. J’ai donc immédiatement pensé à Eben « Espion pour la Liberté » Moglen, un défenseur militant de la vie privée numérique, inventeur du serveur personnel ultra-sécurisé FreedomBox et l’inspirateur du réseau social décentralisé Diaspora. Rétrospectivement, j’aurais dû juste appeler Cory Doctorow.

Monsieur Moglen, professeur de droit à l’Université de Columbia (NYC), n’était pas particulièrement intéressé par une discussion sur les banques utilisant les médias sociaux pour espionner leurs clients.

Tous ceux qui utilisent Facebook, Twitter etc partagent la responsabilité pour la sérieuse et continuelle érosion globale de la vie privée rendue possible par l’internet, dit-il. Les banques ne sont pas le problème, dit-il ; les utilisateurs qui tentent les banques avec leurs messages Twitter et Facebook sont le problème.

Comme le sont les journalistes qui écrivent à propos des problèmes de vie privée avec les médias sociaux sans préalablement fermer leurs comptes Facebook.

(J’appelle le bureau de Monsieur Moglen à la fin de la journée et leur explique sur quoi je suis en train de travailler. Monsieur Moglen commence à parler comme un professeur condescendant mais finalement avec un bon cœur. Il me rappelle mon oncle condescendant mais au bon fond, qui travaille en tant qu’informaticien.)

Moi : Je me demande… disons, est-ce un problème pour la vie privée ou
non?

M. Moglen : Je ne comprend pas ce que cela veut dire. Les données sont un problème pour la vie privée parce que nous avons un énorme désastre écologique créé par des médias sociaux très mal conçus maintenant utilisés par des gens pour contrôler et exploiter les êtres humains de toutes sortes de manières. C’est la conséquence des structures des médias sociaux qui encouragent les gens à partager en utilisant des bases de données centralisées. Tout ce qu’ils partagent est détenu par quelqu’un qui n’est pas leur ami et qui gère également les serveurs et collecte tous les logs qui contiennent toutes les informations à propos de qui à accédé à quoi. En conséquence de quoi nous sommes en train de créer des systèmes de surveillance globale et massive dans lesquels un milliard de personnes sont impliquées. Ces personnes vivent sous une certaine forme de surveillance qu’aucun service de police secrète du 20ème siècle n’aurait pu espérer obtenir. Et toutes ces données sont collectées et vendues par des gens dont le but est de faire du profit en vendant la possibilité de contrôler les êtres humains en connaissant plus à leur propos qu’eux-mêmes n’en connaissent. D’accord ? Ceci est vrai tout le temps, partout. Ce sur quoi vous travaillez est simplement une parmi 100.000 implications de ce désastre.

Moi : C’est vrai.

M. Moglen : D’accord, donc avez-vous fermé votre compte Facebook et arrêté d’utiliser Twitter ?

Moi : Est-ce que … moi, je l’ai fait ?

M. Moglen : Oui, vous !

Moi : Non, je ne peux pas !

M. Moglen : (commençant à s’agiter) Bien-sûr que vous pouvez, si vous ne voulez pas être dans une situation où vous êtes plus surveillé que n’importe qui n’a jamais été surveillé par le KGB, la Stasi, Securitate ou n’importe quelle autre police (indistinctement) et que voulez-vous dire par vous ne « pouvez pas » ? Je peux, comment ne pourriez-vous pas ?

Moi : Eh bien, tout le monde les utilise.

M. Moglen : Ce n’est pas vrai. Et de plus, si tout le monde les
utilisaient alors je ne pourrais pas faire ce que je fais. Je ne les
utilise pas. Vous avez tort.

Moi : C’est vrai…

M. Moglen : Très bien. Mais vous n’avez pas l’intention de faire quoi que ce soit à ce propos. Donc vous les utilisez et à chaque fois que vous taguez quelque chose ou répondez à quelque chose ou postez un lien vers quelque chose, vous donnez des informations sur vos amis. Vous faites partie du problème, vous ne faites pas partie de la solution. Pourquoi m’appelez-vous pour me poser des questions à moi sur un problème que vous créez ?

Moi : Eh bien, j’espérais que vous puissiez m’aider à réfléchir sur ce …

M. Moglen : Je vous ai aidé. Et vous avez refusé de m’aider en retour. Je vous ai dit que c’était un problème écologique créé par des gens faisant une chose stupide.

Moi : Je pense que le problème est que les gens ont du mal à comprendre pourquoi, comme quels sont les dangers …

M. Moglen : Mais ce n’est pas le problème ! Vous savez quel est le problème. Le problème est que, même si vous savez quel est le problème, vous continuez à empirer les choses.

Moi : C’est juste que les conséquences n’ont pas l’air si terribles.

M. Moglen : Le problème ne vient pas des gens qui ne savent pas ! Le problème vient des gens comme vous qui savent et continue à empirer les choses. D’accord ?

Moi : Eh bien je pense que personnellement …

M. Moglen : Eh bien, maintenant vous savez. Donc vous devriez arrêter maintenant. Et vous ne devriez pas seulement arrêter, vous devriez faire en sorte que les gens autour de vous arrêtent. Si vous arrivez à convaincre les gens autour de vous d’arrêter, ils convaincront les gens autour d’eux d’arrêter et nous réglerons le problème. C’est comme avec les détritus sur le sol. Pourquoi m’appelez-vous pour me poser des questions sur les conséquences sociales des détritus que vous jetez par terre sans arrêter de le faire ? Et donc quand vous me dites une chose aussi stupide que « vous ne pouvez pas », il est parfaitement clair que quoi que vous fassiez ici, ce n’est pas du journalisme civique car cela n’améliorera pas le monde.

C’est comme les détritus que l’on jette par terre. Vous devriez arrêter d’en jeter avant d’écrire dans le journal qu’il y a trop d’ordures dans les rues.

Moi : Euh, d’accord. Je vous ai entendu.

M. Moglen : Non, vous ne m’avez pas entendu. Vous voulez juste clamer que vous m’avez entendu.

Moi : Eh bien juste pour moi, personnellement, à l’instant présent, l’utilité semble …

M. Moglen : Oh, non, non, non, non, non, non ! Vous savez que ce n’est pas vrai. Vous nuisez à d’autres personnes aujourd’hui aussi en utilisant les médias sociaux. Vous avez donné des informations sur eux. Vous avez créé plus d’archives à leur propos. Vous avez ajouté au problème, non le votre mais celui d’autres personnes. Si vous ne faisiez du mal qu’à vous-même, je ne m’embêterais pas à vous le montrer. Vous voyez, c’est ça la différence, d’accord ? La raison pour laquelle tout ceci marche est que même si vous savez que vous faites du mal à d’autres gens, vous êtes trop égoïstes pour arrêter. Et il y a des centaines de millions de gens comme vous. C’est pourquoi cela marche.

Moi : Quel mal cela fait-il ?

M. Moglen : Eh bien vous m’avez appelé, vous connaissez le problème. Des gens perdent leur maison. Des gens perdent leur argent. Des gens perdent leur liberté. ( ??? -ed.)

Vous savez parce que vous l’avez vu, parce que vous suivez cela, que Facebook reconnaît maintenant ce que nous avons dit depuis longtemps et qu’ils ne reconnaissaient pas, que chaque photo mise en ligne sur Facebook passe par un logiciel de reconnaissance faciale qu’ils appellent PhotoDNA (NDLR : ADN photographique en français) qui est utilisé pour trouver des gens recherchés par une quelconque agence de maintien de l’ordre dans le monde. Vous comprenez ? Donc à chaque fois que vous mettez en ligne une photo sur Facebook ou Twitter, vous donnez des indices sur quiconque est sur cette image à n’importe quelle agence de police dans le monde en recherchant. Quelques polices dans le monde sont malfaisantes. C’est plutôt sérieux ce que vous venez de faire. Mais vous le faites tout le temps. Et quand je vous demande d’arrêter vous me dites que vous ne pouvez pas, ce qui est un comportement antisocial.

Moi : Ce n’était pas une réponse totalement sérieuse.

M. Moglen : Bien sûr que si c’était une réponse totalement sérieuse. C’est la vérité. Vous n’allez rien faire pour régler ce problème. Vous allez clamer que c’est juste quelque chose que vous rapportez et ensuite vous recommencerez à aggraver les choses. Et si vous me rappelez ne serait-ce qu’une fois pour me poser des questions sur une autre de ces choses, vous serez quand même en train d’aggraver les choses car même si vous pouvez rapporter le problème, vous ne pouvez pas prendre votre part de responsabilité dans la cause du problème. C’est pourquoi je vous dit que c’est comme les détritus que l’on jette par terre. Vous devriez arrêter avant d’écrire dans le journal qu’il y a trop d’ordures dans les rues.

Moi : D’accord. Eh bien merci pour votre aide. J’apprécie.

M. Molgen : Non cela ne vous a pas aidé, cela vous a blessé car je vous ai dit que le papier sur lequel vous êtes en train de travailler est l’histoire de votre propre comportement antisocial et celui des gens comme vous. Cela ne vous est d’aucune aide. Ce que vous voulez savoir c’est que, quelque part, il y a un organisme de contrôle qui puisse stopper les banques. Mais vous ne voulez pas entendre que le régulateur dont nous avons réellement besoin, c’est vous, vous-même. Pas vrai ? Vous ne voulez pas écrire cela dans le journal. Je vous garantie que quelque histoire que vous écrivez traitera cela comme étant un problème causé par tout le monde sauf les lecteurs de The Observer et que cela sera faux. Le problème est causé par les gens qui voudraient un petit coup de main pour espionner leurs amis. Et dans un sens, c’est ce que proposent les médias sociaux. Ils arrivent à surveiller d’autres personnes. En échange d’un petit bout du produit, ils aident à l’expansion de ces immenses opérations d’espionnage commercial. Ces dernières sont utilisées pour donner le pouvoir à ceux qui ont beaucoup pour prendre encore plus à ceux qui ont peu. Cela mène à une société encore plus inégale. Plus inégale économiquement et plus inégale politiquement. Les utilisateurs, comme avec la plupart des trucs dangereux vendus aux gens, sont les victimes et même le truc que vous écrivez dont le but est d’être critique fera tout sauf dire aux gens le point central, le fait de devoir arrêter d’utiliser (NDLR : Facebook, Twitter, etc).

Moi : Je pense que c’est totalement pertinent et je vais définitivement le mettre dans mon papier. (N.B : À la fin, je ne l’ai pas mis pour différentes raisons, la moindre n’étant pas le fait qu’il était tard et que cela dépassait la limite de mots.)

M. Moglen : Eh bien, nous verrons ce qui arrivera à passer votre éditeur. Cela sera déjà un test. Je peux voir ce que The Observer publie. Maintenant, en supposant tout ça et en supposant que vous allez réellement considérer même un instant votre propre rôle dans la création de ce cauchemar écologique, que voulez-vous savoir d’autre ?

(À ce moment-là, M. Moglen semblait sincèrement prêt à répondre à mes questions. Cependant, ce journaliste semblait un peu éprouvé, pour être honnête.)

Moi : Honnêtement, c’est bon. On a fait le tour.

M. Moglen : Prenez soin de vous.

Moi : Merci beaucoup.